KEME BOURÈMA

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Autres graphies : Keme Birama - Keme Brèma- Kemeboureiama - Sory
 
Type d'interprétation et d'accordature spécifique sur la kora :
 
Cet air se joue en SautaEn savoir plus sur l'accordature Sauta..., en Tomora MesengEn savoir plus sur l'accordature Tomora Meseng... ou en HardinoEn savoir plus sur l'accordature Hardino...
 

L'Almamy Samory Touré - © photo - Wikipedia

Fabou (Faboli) Daboloba Touré dit « Kemè » Birama(1) (ou Bourema, contraction et « adaptation »en Mandenka du prénom islamique « Ibrahim ») était le (demi-) frère cadet de Samory Touré.

 

Samory Touré (1830~1900), formé depuis sa plus tendre enfance à l'art de la guerre devint, à l'âge adulte, un grand stratège militaire à la fin du 19° siècle. Farouche partisan d'un Islam fort, il déclara la « Guerre Sainte » à plusieurs peuples mandingues de tradition animiste et les asservit en réussissant à se tailler un empire à sa (dé)mesure, l'empire du Wassoulou.

 

Cependant, sa soif de conquête fut freinée par celle des Français pénétrant en Afrique de l'ouest par le fleuve Niger. Ceux-ci s'allièrent aux autres peuples et en jouant un jeu de trèves et d'alliances rompues avec l' « Almamy » , ils l'acculèrent, non sans mal, à la défaite (en 1898).

 
La mission ouassoulienne : Karamoko [fils de Samory] et ses serviteurs d'après une photographie de M. Van Bosch - Col. FREY, Côte occidentale d'Afrique - Jeanniot - 1890 -
Source : Gallica

Ainsi, les chefs sénoufos de Sikasso conclurent-ils une alliance avec les Français contre Samory qui voulait les asservir pour avoir la route libre vers le riche royaume de Kong au Sud, afin de contrôler la route dite «des fusils». Pour les châtier, Samory envoya son frère cadet, Kemè Birama, brillant chef de cavalerie, faire le siège de Sikasso. Mais Tièba, le roi de Sikasso, avait prévu ce siège et il fit renforcer les défenses de sa cité la transformant en place forte.

 

C'est donc, entre 1887 et 1888, après 16 mois de siège en vain, que Keme Birama, venu en renfort de l'armée de l'ouest, fut mortellement blessé et la fine fleur des sofas (chefs de cavalerie) de l'Almamy décimés ; tous durent se résoudre de se replier vers la région du Liberia actuel, où Kemè mourut de ses blessures. Là, selon les traditionistes et les historiens, les versions varient : selon certains, Keme Birama aurait été grièvement blessé au cours du siège de Sikasso, mais aurait été soigné et ne serait mort que bien plus tard. L'historien Joseph Ki-Zerbo affirme qu'il est bel et bien mort à Sikasso même : « En juillet [1888] à deux doigts du succès, dans une banale escarmouche, Keme Brèma, le général émérite, fut tué, tandis qu'un autre frère de Samori, Manigbé Mori, était pris et exécuté par Tièba. » Et il ajoute que le Faama de Sikasso offrit à Archinard « les crânes momifiés et décorés de Keme Brèma, Manigbé Mori, et Langama Fali ».

source : Ki-Zerbo Joseph, Histoire générale de l'Afrique, Hatier, Paris, 1972, page 382 [bibliographie]
 

Sur ce point, voir aussi la version qu'en donne le griot Diabaté rapportée par Kesteloot Lilyan & Dieng Bassirou, Les épopées d'Afrique noire, Paris, 1997 [bibliographie]

 
"Soldat de l'armée deSamory d'après une photographie de M. Van Bosch" - Col. FREY, Côte occidentale d'Afrique - Jeanniot - 1890 - Gallica (Bnf)

L'air de « Keme Birama » raconte l'épopée de ce « seigneur de guerre », ses exploits, victoires et son héroïsme à la bataille de Sikasso. Ce chant, conte aussi la rivalité (« fadeñya ») entre Samory et son (trop) brillant cadet, comment elle fut attisée par la favorite de l'Almamy, la fameuse Saran Keyñi (Saran la Belle) ; cette thèse de la « fadeñya » fut particulièrement répandue à cause de la version célèbre de Sory Kandia Kouyaté, L'épopée du Mandingue vol.1.

 

Presque contemporain de l'air « Bani Bani évoque la guerre des Peulhs musulmans contre le royaume païen de N'Kaabu et plus particulièrement le début de cette guerre déclenchée à la fin du XIX° siècle, la guerre de Manda... Lire la suite.», l'air de « Keme Birama » lui emprunte plusieurs motifs sonores ; la thématique (le seigneur de guerre intraitable, la résistance acharnée à l'envahisseur) en était assez proche pour inspirer aux griots un air si célèbre que, dit-on, le cheval de Keme Brèma avait été dressé pour régler son pas dessus.

 

Vaillant général, Keme Birama fut l'artisan de nombreuses victoires pour le compte son son frère : ainsi, il fut le principal responsable d'une des plus éclatantes victoires de Samory, la prise de Kankan (après neuf mois de siège) en mars 1881. Cela lui valut ce refrain qui prit une valeur de devise panégyrique :

 

« Aux grandes noces de Kankan

Aux grandes noces de Gankungnan

Fabou eut trois épouses

Djoro, Mariama Siré et Djuguru Fa... »(2)

 

dot De même que dans la Chanson de Roland, l'essentiel des laisses est consacré à l'agonie des héros de l'arrière-garde du preux Charles, de même le sujet principal et inlassablement repris de l'épopée de Kemè Birama a pour thème central le siège acharné, vain et meurtrier de Sikasso, capitale des rois du Kénédougou, par Kemè.

 

L'histoire rapporte aussi que lors de la création de ce chant par les griots, Samory Touré se récria, disant par ironie (et par jalousie, sans doute) : « Aujourd'hui, les griots ont mis les pattes de derrière avant les pattes de devant ! »
En effet, «Keme Birama est le jeune frère de l'Almamy. Aussi, le griot qui a composé cette chanson devait-il partir du faasa(3) de son aîné qui, dans la lignée des Touré, avait la préséance sur ses cadets. Il devait donc faire un « mabalma ».

 
Massa Mankhan Diabaté dans Janjon et autres chants populaires du Mali [bibliographie]
 

Une tradition - contestée - attribue à Morifing(nan) Diabaté, célèbre griot attitré du clan des Touré, la création de « Keme Birama ».

 
"Soldat de l'armée de Samory d'après une photographie de M. Van Bosch" - Col. FREY, Côte occidentale d'Afrique - Jeanniot - 1890 - Gallica (Bnf)

Notez enfin que ce chant est aussi connu dans une version plus populaire sous le titre « Sory » (Sori), autre surnom de guerre donné à Samory puis à « Keme Birama ». En effet, « Sory » était, à l'origine, un surnom de « caste » couramment donné dans le monde des chasseurs malinké à un des leurs particulièrement émérite, car il signifie « le chasseur qui parcourt tôt la brousse » (et par là-même trouve plus de gibier que les autres).

 

De fait, dans les pays mandingues, le (sur)nom de « Sori » est très souvent attribué à un homme particulièrement brillant dans son domaine. Mais d'aucuns disent aussi que « Sori » était le prénom du griot qui créa ce chant...

 

Un des plus célèbres interprètes de « Keme Birama » fut Sory Kandia Kouyaté.

 
  Sory Kandia Kouyaté, L'épopée du Mandingue vol.1, (P) Syliphone 1970 © Bolibana Records
 
_______
Notes :
 
(1) L'explication la plus commune et populaire, rappelée par Mamadi Kaba dans son Anthologie de chants mandingues, p.105 [bibliographie] veut que le surnom de « Kemè » soit la contraction de « Makemè », le nom de sa mère comme il est d'usage d'attribuer le nom de sa mère à son fils aîné en pays mandingue : voyez l'exemple de Sogolon Djata pour désigner Soundjata - [voir le chant "Julu Kara NayniJulu Kara Nayni est un chant qui évoque conjointement Alexandre le Grand et Soundjata... Lire la suite."] [retour au texte]
 
(2) Ces vers ont une valeur allégorique : les noces sont des "noces de sang", autrement dit à la bataille de Kankan et à celle de Gankugnan, la 1ère épousée, Djoro, était en réalité le nom de son cheval préféré ; sa seconde épouse, Mariama [Moridjama] Siré fut réellement son épouse préférée ; enfin sa troisième épouse, "Djuguru Fa" était son sabre dont le nom signifie "À mort, l'ennemi" [retour au texte]
 
(3) Le « faassa », c'est le chant consacré à une famille, le panégyrique d'un héros et de son clan. [retour au texte]
 

dot Autres interprètes célèbres de « Keme Bourema » :

 
  Balla & ses Baladins, Objectif Perfection © 1993, réed. Stern's Music PAM/ADC
  M'Bady Kouyate, Kora et Chant du N'Gabou, vol. 1, 1997 Buda Music
  El Hadj Sory Kouyate, Anthologie du balafon mandingue vol. 2, © 1998 Buda Musique - 92520 - 2
  Bembeya Jazz National, Regards sur le passéLe Bembeya Jazz National fut un grand groupe mandingue très célèbre en Guinée et dans toute l'Afrique de l'Ouest. Légendaire ensemble, le Bembeya Jazz National fut créé sous l'autorité du premier président de la République de Guinée, Sékou Touré et enchanta la jeunesse guinéene à l'heure des Indépendances... Lire la suite., © 1999 - Syliphone/Sylla - 38206-2
  Mande Jeliou, The art and soul of the mande griots © 2004 Syllart
 

Sory Kandia Kouyaté- Featuring Sidiki DiabatéAprès la 2ème guerre mondiale, la kora fut popularisée au Mali, et dans l'ensemble du monde, par Sidiki Diabaté et Jeli Madi Sissoko... Lire la suite., kora

Bako DagnonComme tout griot, Bako Dagnon hérite de ses parents la connaissance de la tradition épique du Mali, afin de pouvoir chanter l'histoire du Mali... Lire la suite.- Featuring Mama Sissoko, guitar - Keme Bourama - Live

Balla & ses Baladins- Objectif Perfection 2000 Stern's Music

 
 
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Others writings : Keme Birama - Keme Brèma- Kemeboureiama - Sory
 
Way of playing and specific tuning : Sauta, Tomora Meseng More about Tomora Meseng scale or Hardino 
 

L'Almamy Samory Touré - © photo - Wikipedia

The song tells about Fabou (Faboli) Daboloba Toure, so-called «Keme» Birama (1) (or Bourema, because of Mandinka mispronouncing of islamic first name «Ibrahim») who was the younger brother of Samory Toure.

 

Samory Toure (1830~1900), trained since the tender childhood to the art of the war became, at the adulthood, a great stratege at the end of the 19th century. Fervent partisan of a powerfull Islam, he claimed the « Holy War » against several Manding people sharing animist traditions and subjugated them while succeeding in setting up a great empire, the Wassoulou's empire.

 

But his thirst for conquest was slowed down by the break-through of the French in West Africa by the Niger river. The French combined with other people and played subtle and treachous tricks of truces and alliances broken with the « Almamy » (religious title that Samory had taken) ; so they drove him back, not without losses, until he was cornered to defeat.

 
La mission ouassoulienne : Karamoko [fils de Samory] et ses serviteurs d'après une photographie de M. Van Bosch - Col. FREY, Côte occidentale d'Afrique - Jeanniot - 1890 -
Source : Gallica

The Senoufo chiefs of Sikasso concluded an agreement with the French colonialists against Samory who wanted to control them in order to have free road towards the rich kingdom of Kong in the South ; in fact, he bounded to take firmly the control of the road known as « the road of rifles ». In order to punish them, Samory sent his younger brother, Keme Birama, great chief of his cavalry (called "sofa"), to lay siege to Sikasso. But Tieba, king of Sikasso and tremendous warchief, has forecasted the siege and, well-advised by his general Keletigui Berte, has strengthen heavily the town - that has been already many years ago fortified as a great stronghold.

 

After 8 months of siege in vain, Keme Birama was deadly wounded and the fine flower of Samory's cavalry chiefs decimated ; then, Samory had to draw off all of his warriors towards the area of current Liberia, where Keme died of its wounds. On this point, there are several variations of the narrative following various traditionists and performers : according to some of them, Keme Birama, would have been seriously wounded but would have been healed and would died a long time after that battle.

 

Read the version of the Diabate «jèlí» tranlasted by KESTELOOT Lilyan & DIENG Bassirou, Les épopées d'Afrique noire, 1997[bibliography].

 
"Soldat de l'armée de Samory d'après une photographie de M. Van Bosch" - Col. FREY, Côte occidentale d'Afrique - Jeanniot - 1890 - Gallica (Bnf)

The narrative of « Keme Birama » tells the epics of the great warlord, his feats, victories and heroism during the battle he fought for. Almost contemporary of the song called « Bani », that song borrows many theme tunes to « Bani » ; indeed, the main topic (the intractable warlord) was enough close to inspire to the jèlílua jèlí (plural, jèlílu) is a bard, loremaster, and praise-singer in the Manding areas whose functions are story-telling, speaking about lineages, singing and playing music as he want and hear it... Read more. a song so famous that, one says, the horse of Samory had been broken in regulating its step on it.

 

As a brave general, Keme Birama was victorious many times for his brother : for example, he won one of Samory's greatest victories, the capture of Kankan (after a nine months siege) in March 1881. What was worth to him this refrain that held value of panegeristic verses :

 

« At the great weddings of Kankan

At the great weddings of Gankungnan

Keme had three wives

Djoro, Mariama Siré and Djug(u)ru Fa...» (2)

 

dot As in the Narrative of Roland, most of the epic verses are telling about the agony of the heroes in the background army of the brave knight Charles, as well here, the main topic of the narrative song devoted to the brother of Almamy Samory Toure is the harsh, vain and murdering siege of Sikasso, capital of the Kenedougou's kings, by Kemè Birama.

 

The history also tells us that when hearing at the first time this song, Samory Toure claimed with irony (and undoubtedly, jealous): «Today, jèlílua jèlí (plural, jèlílu) is a bard, loremaster, and praise-singer in the Manding areas whose functions are story-telling, speaking about lineages, singing and playing music as he want and hear it... Read more. have put the hindlegs instead of the forelegs ». Indeed, « Keme Birama was the young brother of the Almamy. Thus, the jeli who composed this song had to begin by telling the faasa(3) of his elder who, in the Toure lineage, had precedence of his junior. Therefore, he had to make a "mabalma" ».

 
Massa Mankhan Diabate in Janjon et autres chants populaires du Mali [bibliography]
 

Tradition has on it that Morifing(nan) Diabate, famous jeli appointed to Toure's clan, had created first the « Keme Birama » song.

 
"Soldier of Samory army : a drawing from a photograph of M. Van Bosch" - Col. FREY, Côte occidentale d'Afrique - Jeanniot - 1890 - Gallica (Bnf)

Note that this song is also well-known by folks as « Sory(i) », other war nickname « Keme Birama » has been gifted. Indeed, «Sori» was, initially, a « caste » nickname usually given among Malinke hunters to one of theirs especially well talented, for it means « the hunter who scours early the savanna » (and by this fact, he hunts more big game). Indeed, in Manding countries, the nickname of « Sori » is now often given to a man especially well talented or brilliant in his domain.

But, an another version, says that « Sory(i) » is only the name of the first griot who composed that song.

 

One of the most famous performers of « Keme Birama » was Sory Kandia Kouyate on his record :

 
  Sory Kandia Kouyaté, L'épopée du Mandingue vol.1, (P) Syliphone 1970 © Bolibana Records
 
Notes :
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(1) Keme had launched out the challenge to do everything by 100 (sacrifice, amount of killed enemies, etc). From there the nickname "Keme" meaning 100 in Mandenka tongue. The most common reason of this nickname quoted by Mamadi Kaba, in Anthologie des chants mandingues, p.105 [bibliography] ) is to tell that this nickname would be the contraction of « Ma kemè », his mother name as it is in use in Manding countries to give the mother's name to the first son : see Sogolon Djata to call Soundjata - [in Julu Kara Nayni song ] [back to text]
 
(2) Those verses are allegoric : indeed, the weedings were "bloody weedings", at the battles of Kankan and Gankugnan, Keme first "wife", Djoro, was the name of his favourite horse ; his wife, Mariama [Moridjama] Siré was actually his favourite wife ; last, his wife, "Djuguru Fa" was his scimitar which name means "Death to the enemy" [back to text]
 
(3) «faassa», is a song devoted to a lineage, the panegyric telling upon a hero and his clan. [back to text]
 

dot Famous performers of «Keme Birama» :

 
  Balla & ses Baladins, Objectif Perfection © 1993, réed. Stern's Music PAM/ADC
  M'Bady Kouyate, Kora et Chant du N'Gabou, vol. 1, 1997 Buda Music
  El Hadj Sory Kouyate, Anthologie du balafon mandingue vol. 2, © 1998 Buda Musique - 92520 - 2
  Bembeya Jazz National, Regard sur le passé, © 1999 - Syliphone/Sylla - 38206-2
  Mande Jeliou, The art and soul of the mande griots © 2004 Syllart
 
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