KELEMAGNI

English 

 
Mandingue du Wolli [Wouli]- Illustration de "Voyage dans l'Afrique occidentale, comprenant l'exploration du Sénégal... exécuté en 1843 et 1844..."/ Anne Raffenel, Paris, Arthus Bertrand, 1846
 
© source : NYPL (New York Public Librairy) - Schomburg Center for Research in Black Culture / General Research and Reference Division
Autres graphies : Kèlè magni - Kélémani - Kelemangninde - Kelefa - Saliya
 
Type d'interprétation et d'accordature spécifique sur la kora :
 
Cet air se joue généralement en Sila BaEn savoir plus sur l'accordature Silaba... ou Tomora MesengEn savoir plus sur l'accordature Tomora Meseng...  
 

dot Littéralement, « Kelèmagni » signifie « la guerre (kelè) est mauvaise (magni) ». Ce chant évoque la légendaire rivalité entre les ethnies mandingues et peuhles, rivalité qui se cristallisa et fut exacerbée à partir de la fin du XIX° siècle pour aboutir à de sanglantes guerres.

 

dot Plus précisément, ce chant est centré autour de la figure d'un valeureux condottiere du N'Gabu, Kelefa Saneh, qui devint célèbre par ses exploits et la verve de son griot, Koriyang Musa ; si bien que deux des chants qui lui sont dédiés (« Kelefaba » et «Kuruntu  KelefaLittéralement, « Kuruntu Kelefa » signifie « Kelefa tiré sur son char ». En effet, l'histoire raconte que les chevaux de Kelefa Saneh, auquel ce chant est dédié, étaient dressés pour avancer au trot cadencé sur le rythme de ce chant... Lire la suite. ») sont devenus les plus célèbres de la tradition de la kora au Manden. Aujourd'hui encore, dans la tradition mandingue de la kora, « Kelefaba » et «Kuruntu KelefaLittéralement, « Kuruntu Kelefa » signifie « Kelefa tiré sur son char ». En effet, l'histoire raconte que les chevaux de Kelefa Saneh, auquel ce chant est dédié, étaient dressés pour avancer au trot cadencé sur le rythme de ce chant... Lire la suite. » constituent l'ABC de la kora. En effet, à partir de ces 2 chants, de nombreux autres chants furent créés comme Balankou, (Nteri) Jato(N)Teri Jato est un chant populaire de Gambie qui célèbre l'amitié et l'hospitalité ... Lire la suite., Namusso, Bamba BodianCette chanson (Bamba Bodian) fut composée à la gloire d'Alhaji Bamba Bodian ou Ledjè, un riche commerçant pieux de la fin du XIX° siècle, roi de Brikama (Gambie) qui fut aussi un généreux mécène (djatigui) pour les griots de Gambie. Beaucoup de Gambiens le considèrent comme le précurseur de l'état moderne de Gambie... Lire la suite., Signaro, SutukunSoutoukoun est un chant consacré à hameau forestier et centré en particulier sur la figure d'un marabout érudit, fort célèbre au début du XIX° siècle, nommé Koumbou Sora (Sola)... Lire la suite., etc.

 

dot Kelefa Sanneh appartenait à la noble famille des ñanchiolu(1) Sanneh(2), et il était le neveu de Mansa Samka Nanki, le roi de la province de Badora (l'une des confédérations du N'Gabu) siégeant à Brikama.

Son père, Tuban Sanneh, était collecteur d'impôts pour le compte de Mansa Samka Nanki et les traditionistes nous informent qu'il mourut au combat avant sa naissance. Très tôt, Kelefa se destine au métier des armes, devenant un excellent et intrépide hussard. Dès sa majorité, il multiplie les conquêtes et son griot personnel, Koriyang Musa, crée son panégyrique.

dot Mais une rivalité intestine éclate entre Gabunkés et Kelefa se trouve en butte à la jalousie d'un général et roitelet combattant aussi pour le compte du Mansa, Demba Sonko, un noble koring(3), roi de Niumi.

Cette rivalité éclata lors de la campagne du Jokadu, province voisine stratégique pour la défense de celle de Badora et qui avait été attaquée par les avancées des Peuhls.

Alors que Kelefa et Demba devaient joindre leurs armées pour reprendre cette province, Demba qui était le général en chef, ordonna à Kelefa de s'éloigner sous un faux prétexte ; la bataille allait être perdue quand, Kelafa, averti du désastre imminent, revint à marche forcée et remporta le fort.

Demba Sonko, apprenant cela, devint fou de jalousie et trahit Kéléfa, alléguant qu'il avait atteint le champ de bataille alors que la bataille était déjà terminée ; la légende veut que Demba Sonko ait mandaté un albinos difforme qui tua Kéléfa par traîtrise soit, caché dans un arbre sous lequel Kéléfa se reposait soit par des poisons, selon les versions.

_________
Notes
1. ñanchio (nianthio) : princes de la noblesse éligible au trône car plus proche du roi par lien matrilinéaires. [retour au texte].
 
2. Sané, patronyme de nobles fondateurs du royaume du NGabu ; ce patronyme est devenu synonyme de nobles du NGabu (et de la Gambie actuelle) [retour au texte]
 
3. korin(g) : nobles guerriers (noblesse héréditaire); souvent issus des familles Sonko ou Sagniang, comme dit le chant. Il existait une forte rivalité entre les ñanchio et les korin(g) ; « Les koring sont liés aux ninanthio par des liens de vassalité très stricts ; les premiers doivent aux seconds soumission et fidélité, en échange de quoi ils ont droit aux plus hautes fonctions et à de nombreux privilèges à la cour. » Donc, les ñanchio étaient plus haut dans la noblesse (1er et 2ème rang) alors que les koring n'étaient situés qu'au 3ème rang ; à ces titres, les ñanchio montaient des chevaux blancs tandis que les korin(g) ne montaient que des chevaux noirs.
source : NIANE TAMSIR Djibril, Histoire des Mandingues de l'Ouest - Le royaume du Gabou, Karthala-Arsan, Paris, 1990 [retour au texte]
 

Dembo KontehDembo Konteh est un griot et korafolá de Brikama (Gambie). Il vient d'une famille de griots qui a donné des korafolálu les plus renommés au monde. Assez tôt, Dembo Konteh s'est associé à d'autres virtuoses korafolálu pour enregistrer les standards classiques de la kora mandingue comme Malamine Jobarteh et Kausu Kuyateh. Avec Kausu Kuyateh, il allait créer un des plus célèbre duos korafolálu... Lire la suite. & Kausu Kouyaté - Recorded December 30th 1986 at Dembo's compound in Brikama, Gambia. - Mis en ligne par Torchy56revisited le 12 déc. 2013

 
 

[retour

 

[Précédent] [Accueil] LNB [Recherche]

 

Art of jeli | History  | Teachers | Kora | Bibliography | Songs | Discography | Musics | Cultures

KELEMAGNI

 

Français 

 
 
Mandingue du Wolli [Wouli]- Illustration de "Voyage dans l'Afrique occidentale, comprenant l'exploration du Sénégal... exécuté en 1843 et 1844..."/ Anne Raffenel, Paris, Arthus Bertrand, 1846
© source : NYPL (New York Public Librairy) - Schomburg Center for Research in Black Culture / General Research and Reference Division
Others writings : Kèlè magni - Kélémani - Kelemangninde - Kelefa -Saliya
 
Ways of playing and tunings : Silaba or Tomora Meseng More about Tomora Meseng scale
 

dot Litteraly, « Kelemagni » means « war (kele) is a bad thing (magni) ». This song evokes the old conflict between Manding and Fula ethnies and this conflict has increased since the end of XIXth century and ended to bloody wars.

 

dot Particularly, the song focuses on a brave mercenary of N'Kaabu, Kelefa Sane, who became famous by his feats and thanks to the verve of his private jèlí, Koriyang Musa ; so, two songs dedicated to this warrior (« Kelefaba » and « Kuruntu Kelefa ») are the most famous songs of the kora Manding tradition in West Africa.

 

dot  Kelefa Sanneh belonged to the noble family of ñanchiolu (1) Sanneh (2), and he was the nephew of Mansa Samka Nanki, King of the province of Badora (one of the N'Gabu confederations) based in Brikama. His father, Tuban Sanneh was tax collector on behalf of Mansa Samka Nanki traditionists and inform us that he died in battle before his birth.

 

dot Early, Kelefa was destined to war, and he became an excellent hussar. Since his majority, he made many conquests and his jèlí  Koriyang Musa, created his eulogy. But inner rivalry erupted between Gabunkés and Kelefa was exposed to the jealousy of a general and also wren fighter on behalf of Mansa Demba Sonko, a noble koring (3), King of Niumi.

 

dot This rivalry broke out during the campaign Jokadu Strategic neighboring province to defend that of Badora and had been attacked by the Fulani advanced. While Kelefa and Demba had to join their armies to regain the province, Demba who was the commander in chief, ordered Kelefa to get away under false pretenses.

 

dot The battle would be lost when Kelafa, warned of impending disaster, returned quickly and gained the fort. Demba Sonko, been aware of that, became insanely jealous and betrayed Kelefa, pretending that he had reached the battlefield while the battle was already over.

 

dot Legend has on it that Demba Sonko has mandated a deformed albino who killed treacherously Kelefa be hidden in a tree under where Kelefa rested or by poisons, depending on version.

_______________
Notes

1. Sane, patronym of nobles men who founded the kingdom of NGabu ; that patronym was synonymous of NGabu noblemen (and of Gambie) [back to text]
 
2. ñanchio : princes from noble lineage [back to text]
 
3. korin(g) : noble warriors ; often hailing from Sonko or Sagniang lineages, as the song tells. There was a strong rivalry between the ñanchio and Korin(g) ; the ones (ñanchio) were higher in the nobility (first and second row) while the others (Korin) were located at the third rank ; for that reason, ñanchio rose only white horses while Korin mount only black horses. see bibliography : NIANE TAMSIR Djibril, Histoire des Mandingues de l'Ouest - Le royaume du Gabou, Karthala-Arsan, Paris, 1990 [back to text]
 

[back]  

 

 [Previous] [Home] [Search]