Interview de Sousou & Maher

 
Réalisé le13 Octobre 2012 au Festival Korafollart à Paris par LNB
 

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Version audio intégrale [de l'interview]

 

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Octobre 2012 - Festival Korafollart © LNB

1) Salut Sousou & Maher, ravi de vous rencontrer !

Sousou & Maher: Nous aussi !

2) Où vous êtes-vous rencontrés ?

Maher : Nous nous sommes rencontrés au Sénégal. Je vivais en Europe, en Allemagne mais je suis venu en vacances au Sénégal et c'est là que j'ai rencontré Sousou. Sousou vivait là, en Casamance, dans la maison de mon frère. Elle avait été invitée par mon frère pour se perfectionner en kora. Mais elle avait déjà commencé à apprendre la kora, en Gambie.

3) Sousou, à partir de quel âge as-tu appris à jouer de la kora ?

Sousou : J'avais 20 ans quand j'ai commencé réellement à apprendre à jouer de la kora !

4) Avais-tu appris d'autres instruments avant la kora ?

Sousou : Oh oui, j'ai commencé par apprendre le violon, mais, je veux dire, je n'en ai jamais vraiment joué en tant que professionnelle, je ne suis même pas une assez bonne violoniste. Je venais à peine de commencer à apprendre puis j'ai changé et je me suis mise au piano et à la flûte et aussi un petit peu de la guitare. Donc professionnellement, je ne jouais que du piano, du chant et de la flûte.

5) Qui fut ton maître de la kora ?

Sousou : Mon père est  un musicien et j'ai appris avec lui et aussi beaucoup avec mes frères.

6) Et qu'est-ce qui t'a attirée dans la kora ?

Sousou : C'est que je ne comprenais pas de suite comment en jouer. Avec les autres instruments, je comprenais vite comment en jouer. Mais la kora c'était : "quoi" ?!! La kora était très différente.
Le son de la kora était si beau ; combiné avec le chant, c'était si beau... Et j'ai aimé le tout !

7) Est-ce ton père qui t'a appris à jouer la kora ?

Sousou : Non, mon père n'était pas un korafoláUn korafolà est un joueur de kora en Mandinka (qui fait parler la kora) - korafolàlù, au pluriel. ! C'est une erreur souvent écrite que "mon père était un korafoláUn korafolà est un joueur de kora en Mandinka (qui fait parler la kora) - korafolàlù, au plurie".  Il ne faisait que jouer avec les korafoláluUn korafolà est un joueur de kora en Mandinka (qui fait parler la kora) - korafolàlù, au pluriel.mais il n'ÉTAIT PAS un korafoláUn korafolà est un joueur de kora en Mandinka (qui fait parler la kora) - korafolàlù, au pluriel.  ! Il jouait de l'accordéon. Par contre, des korafoláluUn korafolà est un joueur de kora en Mandinka (qui fait parler la kora) - korafolàlù, au pluriel.jouaient souvent avec mon père, ils faisaient des concerts ensemble. Et tu sais, en tant que fille de musicien, je les suivais un peu partout. C'est pourquoi j'ai beaucoup entendu la kora et je me suis intéressée au tout, les récits et les chants, qui se rapportaient à l'univers de la kora.

8) Et en effet, à l'écoute de vos compositions, on ressent bien que vous êtes imprégnés de tradition mandingue ! Maher, je sais que tu viens d'une grande et illustre famille de griots et de korafolálu,  les Cissoko. C'est pourquoi, j'aimerais savoir quel a été ton cheminement artistique pour arriver à la fusion car dans votre musique, je sens bien l'amour de la tradition mais je ressens aussi des éléments de la fusion moderne. Donc j'aurais aimé connaître les motifs de ton évolution vers la kora fusion.

Maher : Bon, si je comprends bien ce que tu veux me demander, c'est que, pour moi, le fait de jouer mon propre style était une évidence, pour être de mon temps.

Tu sais, ce n'est pas seulement une question de modernisation, mais c'est mon rôle de jouer la musique de mon temps. Je fais partie, comme tu sais, de la nouvelle génération, donc je dois jouer, faire partie de la musique actuelle. Je ne peux pas jouer la musique de l'ancien temps, celle de l'époque de mes grands-parents ! Même si je décidais de jouer comme les griots de l'ancient temps, cela serait juste trop difficile pour moi ! Parce que, tout simplement, ils ont appartenu à une histoire qui est déjà passée.

Mais, pour autant la tradition reste la base de notre musique. Et c'est justement le respect de la tradition qui nous a donné le droit de faire, de créer notre propre style.

9) Bon, ce n'est pas une question si vaine, car, tu sais, c'est un débat actuel : en Afrique de l'ouest, beaucoup de peuples perdent leurs traditions. C'est pourquoi, certains korafoláluUn korafolà est un joueur de kora en Mandinka (qui fait parler la kora) - korafolàlù, au pluriel. ne veulent pas jouer de  la kora de façon moderne, ou du moins en fusionnant leur musique avec d'autres genres : ils se battent pour garder intactes les traditions du Mandingue ! C'est un point de vue à prendre en considération, quand on joue de la kora...

Maher - octobre 2012 au Festival Korafollart © LNB

Maher : Oui, ce point de vue est un peu vrai mais, tu sais, je viens d'une grande et nombreuse famille : 10 enfants et 6 frères, tous musiciens ! Et je suis le dernier né ! Du coup, je n'osais pas jouer moi-même car, si je puis dire, les plus forts, ils mangent tout le gâteau ! (Rires)

Ce qui fait que les plus jeunes, même s'ils sont talentueux, n'ont pas envie de jouer !  Quand je suis né, mes frères étaient les meilleurs korafoláluUn korafolà est un joueur de kora en Mandinka (qui fait parler la kora) - korafolàlù, au pluriel. de la famille. Et mon aîné, Solo Cissoko, celui qui est en Norvège, a développé internationalement la kora jusqu'à créer son propre son ; et moi à force d'écouter ses compositions, j'en ai eu marre (Rires) !

Sousou : Tu sais, quand Solo était déjà une grande star, Maher n'avait alors que 6 ans ! Il y avait, déjà, une grande différence d'âge et d'expérience entre Maher et tous ses frères. Maher était trop jeune !

Maher : Donc, j'ai dû me mettre à jouer d'autres instruments ; et puis j'ai décidé de trouver ma propre voie. Je DEVAIS trouver ma propre voie ! Alors j'ai eu la chance de voyager en Gambie, qui est très proche du Sénégal. Là, j'ai commencé à trouver mon propre son, en compagnie de mes sœurs. Oui, mes sœurs, elles, étaient mariées, elles n'avaient pas de travail. Elles restaient à la maison et moi je restais avec elles. Donc, elles n'ont eu de cesse de me motiver à travailler la kora ; elles m'ont donné le désir de jouer de la kora, de créer mon propre son. Mes sœurs avaient coutume de chanter et souvent elles me demandaient de les accompagner à la kora. C'est là que tout a commencé pour moi.

C'est la Gambie qui m'a donné tant de bienfaits : là, j'y ai trouvé mon propre style et j'y ai appris l'anglais. Puis, j'ai eu la chance de partir en Allemagne et ça été le début de ma carrière.

10) Et peut-être que le projet Jalikunda t'a aidé aussi à te faire un nom ?

Maher : Assurément, grâce à mes frères, nous avons fait des longues tournées dans les années 90  et aussi avec le projet Jalikunda.

Sousou : Tu sais, les frères Cissoko étaient déjà tous fort connus, Solo et Seckou Keita, bien avant le projet Jalikunda. Mais, c'est vrai, je pense aussi  que le CD Jalikunda les a rendus encore plus célèbres, du fait de cette rencontre familiale.

11) Et maintenant, je voudrais connaître les raisons, selon vous, de votre « succès » en Europe ; je veux dire, comment vous expliquez le fait d'être devenus célèbres ainsi !

Sousou : Selon moi, je veux dire, je ne crois pas que nous ayons du succès. Les gens le disent mais nous, nous n'en sommes qu'aux essais ! Jusqu'à présent, nous travaillons dur ! Nous ne sommes pas célèbres, pour l'instant ! Il y a encore un long chemin à parcourir. Nous n'en sommes juste ...  qu'au début, aux essais !

Maher : C'est ça, nous n'en sommes qu'aux essais, et les compositions de nos albums sont nos compositions ; nous voulons parler de ce qu'il se passe sur cette planète, en ce monde, et sur notre avenir. Et cela n'est pas si difficile que ça, aujourd'hui, la rencontre des cultures !

Sousou : Parce qu'aujourd'hui, il y a beaucoup de discussions et de "blabla" en Europe et en Suède sur les rencontres des cultures !

12) Donc votre message, c'est que l'union entre 2 personnes différentes n'est pas une chose difficile ?

Sousou : Mais c'est que nous ne sommes pas différents ! En réalité, nous sommes plus semblables tous les deux que beaucoup de gens nés de même culture.

Nous devons, sur ce point, être très rigoureux sur l'emploi de nos termes ! Ce que je veux dire, c'est : certains pensent que nous unissons deux mondes différents, ou quelque chose de ce genre. C'est ce qu'écrivent un bon nombre de gens, mais c'est faux !!

La seule chose que l'on doit considérer, c'est nous faisons partie d'un seul et unique monde et, c'est que ce monde est entièrement connecté. C'est l'objectif de notre CD Stockholm-Dakar. C'est de montrer la connexion. Ce n'est pas la rencontre entre 2 personnes différentes ; il n'y a pas deux mondes qui se rencontrent : en réalité, il n' y a qu'un seul et unique monde et il est en interconnexion permanente et totale. On doit toujours garder en tête l'idée de dépasser nos différences pour progresser plus avant à partir de nos ressemblances, si tu vois ce que je veux dire !

Sousou and Maher : Tu sais, s'il y a une frontière, il y a aussi une connexion ! Les gens se focalisent trop sur les frontières et pas assez sur les connexions. Et pourtant chaque frontière contient sa limite ET celle du voisin. Chaque frontière possède une connexion ! C'est ce que nous avons voulu montrer avec le CD Stockholm-Dakar ! Est-ce que tu me suis ??!

 

13) Oui, bien-sûr, votre message est très clair ! Vous savez, je suis un de vos plus fidèles fans !   Pour finir, je voudrais savoir si vous avez une idée de la perception de la kora en Europe ?

Sousou : Bon, je suppose qu'ici en Europe, à Paris, tout le monde connaît la kora ?!

15) Oh, vous seriez un peu déçus si je vous disais que la kora et bon nombre  de korafoláluUn korafolà est un joueur de kora en Mandinka (qui fait parler la kora) - korafolàlù, au pluriel. célèbres dans le monde entier ne sont pas si connus que ça, ici ! !

Sousou : Oh ! Sérieusement ?!

16) Merci beaucoup pour votre message et pour tout ! à bientôt !

Sousou and Maher : Oh, merci à toi aussi ! à bientôt !

 
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